La mort d’un Baron de la Françafrique

Pierre Messmer est mort ce jour. Coïncidence, c’est le jour ou est inhumé Raymond Barre, décédé lui-même il y a quatre jours. En l’espace de quelques jours, deux grands commis de l’Etat français sont ainsi « partis ». Deux barons de la Françafrique aussi. c’est ce dernier aspect qui nous intéresse.

Si l’implication de Raymond Barre (Premier ministre français de 1976 à 1981) dans les affaires africaines a été plutôt discrète, voire moindre, celle de Pierre Messmer fut ô combien importante. Il est même considéré par certains observateurs avertis comme l’un des principaux ténors de la politique française de l’Afrique sous l’ère De Gaulle, Pompidou, et Giscard. Pour avoir une idée de « l’activité » de cette personnalité sur le continent africain et dans les autres colonies françaises, il faut se reporter à ce paragraphe du quotidien français Le Monde :

« A partir du début des années 1950, il parcourt l’Afrique. Il est gouverneur général de Mauritanie puis de Côte d’Ivoire avant de devenir haut-commissaire de la République, au Cameroun d’abord, en Afrique équatoriale française ensuite, en Afrique occidentale française enfin.

Entre deux missions, il dirige, en 1956, le cabinet de Gaston Defferre, ministre de la France d’outre-mer et auteur d’une loi-cadre qui donne aux territoires coloniaux l’autonomie interne, premier pas vers l’indépendance. Dans ses différents postes, Pierre Messmer prépare la décolonisation. D’où le titre de cet autre livre, paru en 1998 : Les Blancs s’en vont. « Le colonisateur le plus habile n’efface pas le sentiment national quand il existe », souligne-t-il. Il écrit aussi : « Le colonial que j’étais est ainsi devenu acteur de la décolonisation ». En 1959, il quitte Dakar, dernier gouverneur général de l’Afrique occidentale française. « Avec vous, lui dira François Jacob, c’est la France qui évacue ses colonies d’Afrique. Une ère s’achève ».

La figure de Pierre Messmer est donc, jusqu’à un certain degré, intimement liée à une période de l’histoire de l’Afrique. Et il ne s’agit pas d’une période rose ou gaie. Car, comme on vient de le voir dans le bref résumé sus-cité, il a été présent sur le continent à la fin de la période coloniale. A cette époque, il y a occupé d’importants postes de responsabilités: Gouverneur de plusieurs pays notamment. Quand on revisite l’histoire du continent à cette période-là, et qu’on prend connaissance de l’ampleur des « dégâts », répressions, violences, tortures et autres qui ont été commis sur les peuples « indigènes » par l’administration coloniale, on ne peut que constater que ce Monsieur, vu le poste qui était le sien, a participé de manière directe à ces exactions.

Il ne serait dans l’intérêt de personne aujourd’hui de faire un procès en histoire à M. Messmer. Mais, rappeler des éléments comme celui-ci sont bien pour que, dans le concert d’hommages « émouvants » qui lui sont rendus aujourd’hui, que personne n’oublie qu’il fut aussi un méchant tortionnaire. 

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