Césaire enterré avec son Cahier…

21 avril 2008

Ca y est. Césaire repose à jamais. Il a été inhumé hier chez lui en Martinique dans la sphère familiale au cimetière La Joyau. Après des obsèques nationales qui auront vu des rassemblements en son honneur à Paris, en Afrique et surtout à Fort-de-France, où une grande manifestation a eu lieu dans le stade de foot de la ville.

L’un des principaux enseignements qu’on retiendra de ces quatre jours de frénésie ouvert avec l’annonce de sa mort jeudi dernier jusqu’à son inhumation hier dimanche, c’est que partout les manifestations d’hommage se sont déroulés dans le calme et conformément à ce que le poète lui-même aurait souhaité. C’est-à-dire dans sous le signe de la fraternité, de l’amitié, de l’universalité, de la culture.

Ceux qui ont organisé ces obsèques ont aussi pris la bonne décision en faisant rythmer de ces textes les différents temps forts des obsèques. Ainsi, on a vu que devant la Place de la Sorbonne Samedi, sur l’esplanade de l’Hôtel de ville à Paris, ou dans le stade de Dillon à Fort-de-France, ce sont des artistes, des comédiens, des écrivains qui ont tenu le haut de l’affiche. Ce sont eux qui ont lu les extraits de textes de Césaire. Des textes forts, lourds de sens, et dont on aura pu, à l’occasion (re)apprécier la beauté. Ils ont lu tour à tour des extraits des Armes miraculeuses, de Soleil cou coupé, Cadastre, Ferrements… Certains ont mimé des scènes de ces pièces de théâtre comme Une Saison au Congo, La Tragédie du roi Christophe. Incontestablement, c’est Cahier d’un retour au pays natal qui a été le plus cité dans ses obsèques; et à juste titre. Ce long poème en prose étant certainement l’ouvrage le plus connu de l’auteur.

A des amis qui me demandaient vendredi dernier « avec lequel de ses livres l’accompagnera t-on dans sa dernière demeure? » Je leur avais répondu « certainement, avec Cahier… » Comme pour Zola, en 1902, où les mineurs descendus du Nord de la France criaient « Germinal » (du nom de son oeuvre principale) en accompagnant sa dépouille au cimetière de Montmartre à Paris, la foule rassemblée pour les obsèques de Césaire pensait et criait…en silence « Cahier d’un retour au pays natal« . 

 

 

Obsèques de Césaire: Pourquoi la frénésie des politiques?

20 avril 2008

Pourquoi sont-ils tous allés, Nicolas Sarkozy en tête, à Fort-de-France enterrer Césaire? Par amour pour le poète martiniquais? Par respect de sa carrière, de son oeuvre, de sa pensée? Peut-être. Sans doute même, puisqu’ils l’ont tous confessé, la main sur le coeur même. On va les croire.

On va aussi supputer un peu. Sur la présence du président de la République par exemple. Pourquoi est-il allé aux obsèques de Césaire, alors qu’il avait un agenda bien chargé, avec notamment une intervention télé (Tf1 et Fr2) lundi 21? Sans doute parce que, après son élection, il avait promis d’être « le président de tous les français ». A ce titre, il est déjà allé aux obsèques de plusieurs citoyens, morts pour la plupart dans l’exercice de leurs fonctions. Il a aussi honoré de sa présence les obsèques de personnes dont la carrière ou l’activité avait contribué au rayonnement du pays.

Césaire s’inscrit sans doute dans cette dernière catégorie. Et même bien au delà. Pour cela, Nicolas Sarkozy ne pouvait donc pas s’abstenir d’aller à son inhumation. En plus, au plus bas dans les sondages (le dernier en date paru aujourd’hui révèle que 79% des français sont mécontents de l’action du gouvernement), c’est certainement aussi une manière pour lui de coller à l’actualité et de se montrer le plus proche possible des français. En espérant un retour d’ascenseur de leur part dans les enquêtes d’opinion, où il espère remonter au plus vite.

L’autre raison que ne pouvait ignorer Nicolas Sarkozy en allant aux obsèques de Césaire, c’est le « précédent Senghor ». En 2001, à la mort du poète-président sénégalais, grand ami de la France, député, ministre et académicien de cette République, ni Jacques Chirac, président de la République, ni Lionel Jospin, premier minstre, ne s’était déplacé à Dakar pour rendre un hommage digne de ce nom à l’illustre disparu. Une réaction qui en avait outré plus d’une personne en Afrique et certains dans la classe intellectuelle française.

On se souvient à cette occasion de la tribune de l’académicien Erik Orsenna dans Le Monde. Il y disait tout le mal qu’il pensait des dirigeants de son pays, et sa honte d’être français. Sans doute, si Nicolas Sarkozy n’avait pas été porté Césaire en terre, d’autres comme Orsenna auraient réagi de la même manière que lui à propos de senghor.

 

Voici l’intégralité de la tribune d’Erik Orsenna après l’absence de Jacques Chirac et Lionel Jospin aux obsèques de Léopold Sédar senghor.

Le Monde,04.jan.02 – 13h06 – analyse – On se le disait, le répétait, sans oser y croire. Les masques sont tombés. L’affaire est entendue. La France, désormais, se moque de l’Afrique. De ses fidélités passées, de ses douleurs présentes, de l’avenir de sa jeunesse. Chacun chez soi. Le Nord avec le Nord. Les gueux du Sud entre eux. Merci la Méditerranée. La mer nous protège des appels des plus pauvres.

Un grand d’Afrique vient de mourir, son dernier  » Vieux ». Un grammairien, c’est-à-dire un gourmand de règles sous le désordre du monde. Un poète, c’est-à-dire un chasseur d’échos secrets. Un démocrate, c’est-à-dire un respectueux de la dignité humaine. Un ministre du général de Gaulle en même temps qu’un militant indomptable de son pays. Un ami indéfectible de la France en ce qu’elle a d’universel : sa langue, celle de la liberté.

Quatre-vingt-quinze années d’une telle existence, ça se salue.

On se déplace, et l’on ôte son chapeau quand on porte en terre celui qui a si hautement vécu.

Eh bien non !

Nos autorités en ont décidé autrement. Qui avait ses vœux à préparer. Qui ses vacances à ne pas interrompre. On a envoyé à Dakar un Raymond, de Belfort, et un Charles, des Côtes-d’Armor. Leur valeur ni leur personne ne sont en cause, mais leur statut. Pas de président de la République française. Ni de premier ministre. La terre sur Léopold Sédar Senghor s’est refermée sans eux.

Alors j’ai honte. Honte pour eux et pour nous, Français qu’ils représentent. Honte de leur oubli et de leur petitesse. Petitesse de vision. Croient-ils une seconde vivre en paix, de plus en plus riches, dans la citadelle Euroland.

A Matignon, depuis cinq ans, décide un socialiste. Jamais, depuis des décennies, notre aide publique au développement n’a tant baissé. Malgré une manne budgétaire jamais aussi grasse.

Alors j’avoue ne plus rien comprendre. Pour moi, le socialisme – auquel j’ai adhéré dès le cœur de l’adolescence – était d’abord la défense des plus faibles. Donc du tiers-monde.

Bonne chance, messieurs, pour les élections à venir. Les masques sont tombés. La France pour vous n’est plus qu’une mutuelle. Faut-il déplacer un peuple entier pour choisir le dirigeant d’une société d’assurances ? Un voyage à Dakar vous aurait appris, notamment, l’étymologie. Que Senghor vient du portugais senhor. Un monsieur, un seigneur. Comme celui qui vient de s’en aller.

Je comprends que vous ayez craint son ombre.

CESAIRE ENTRERA T-IL AU PANTHEON ?

20 avril 2008

   

 

Césaire doit-il entrer au Panthéon de Paris (le monument où reposent les Grands hommes de la nation)? C’est la grande question qui est venue « animée » un peu la disparition d’Aimé Césaire, au point même de devenir un sujet politique opposant Droite et Gauche. Ségolène Royal, ex-candidate du PS à la présidentielle de 2007 l’a demandé dès l’annonce du décès du poète. A sa suite, d’autres personnalités de son camp ont suivi. Même Christine Albanel, ministre de
la Culture est allée dans le même sens. En face, les grands leaders de
la Droite ont fait la sourde oreille. Officiellement, personne n’a refusé catégoriquement cette hypothèse. Mais, de manière astucieuse, les dirigeants de l’Ump au pouvoir et d’autres opposants à cette idée ont préféré évoquer l’attachement viscéral que Césaire avait pour les Antilles. Et donc, selon eux,
la Martinique doit être son panthéon ». 

Il faut rappeler que, l’entrée au Panthéon relève en France d’une décision du Chef de l’Etat, en parfaite entente avec la famille du défunt. Cette dernière étant opposée à cette idée, il est donc peu probable que Césaire y repose. A moins que la 3e voie défendue par le Conseil représentatif des associations noires de France ne l’emporte au final ; c’est-à-dire qu’une stèle portant le nom de Césaire soit apposée dans ce Panthéon. Au fronton du Panthéon, il est marqué « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Césaire y aurait toute sa place, car c’était un grand homme. 

 

CESAIRE ET SENGHOR; « amis comme cochons » jusqu’au bout

19 avril 2008

« Senghor et moi, on était amis comme cochons ». C’est ce qu’affirmait Césaire dans l’interview de Jean-Michel Djian cité dans le précédent article. Amis comme cochons, ils l’étaient donc; amis comme cochons, ils le resteront certainement là haut. Je ne vais pas retracer ici l’entièreté de leur itinéraire commun; ce serait fastidieux et même sans fin. Seulement, il est important d’en souligner les grandes lignes et d’en donner quelques explications.

Rappelons que Césaire a attendu d’être dans sa 95e année pour trépasser. Exactement comme Senghor qui, à sa mort en 2001, avait le même âge. Les deux compères se sont connus à la fin des années 1920; en 1928 très exactement. Ils auront été très proches l’un de l’autre dès cet date (on peut le lire dans la même interview que j’ai citée plus haut et que je publie en annexe plus bas). Césaire affirmait dans un autre entretien que, ce n’est pas la couleur de peau qui les avait réunis. Mais, sans doute, un même idéal de vie, une même soif d’émancipation, d’élévation vers les cimes de l’intelligence, qu’ils voulaient pour eux-mêmes et pour tous les autres « nègres ».

« Missionnaires » de leur pays respectif (Césaire de la Martinique, Senghor du Sénégal), les deux jeunes hommes avaient débarqué à Paris en ces années 20 pour poursuivre leurs études. Le hasard fit que ce soit vers les Lettres que l’un et l’autre se dirigèrent. Le même hasard les fit se rencontrer dans la cour de recréation dès les premiers jours de leur scolarité, pour ne jamais plus se quitter. C’est fort de cette amitié qu’ils eurent la lucidité et la force de lancer le mouvement de la Négritude, qui restera leur grande réalisation commune.

La Négritude était leur acte de foi en la vie. Leur carte d’identité sociale et littéraire. « Nègre », ainsi avaient-ils été injuriés par un jeune blanc. « Nègres », ils en sont devenus fiers, et, de cette attaque raciale, ils en ont fait l’un des courants de pensée, voire l’un des modes de vie les plus resplendissants et les plus affirmés de l’humanité. La Négritude était, est encore aujourd’hui, et sera toujours demain la fierté d’être noir. Elle regroupe l’ensemble des valeurs des noirs. Et tant qu’il y’ aura des noirs, il y’ aura la Négritude. Autant dire dans tous les temps.

Senghor et Césaire, en plus de la littérature et des langues (anciennes et nouvelles), avaient aussi partagé la passion de la politique. Le terrain politique était à leurs yeux l’espace idéal où devait s’éclore leur vision du monde, théorisée dans la Négritude. C’est en rentrant en politique qu’ils se sont assurés une meilleure publicité pour leurs oeuvres. Et leur poésie a été aussi au service de la politique et vice versa. Césaire ne disait-il pas que « Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie? » preuve extrême que l’une et l’autre étaient liées? Dans les faits, ils auront choisi de jouer dans les deux catégories, et aux premières places. Ils ont donc été élus tous les deux à l’assemblée nationale en 1945. Au palais Bourbon, ils se feront ardents défenseurs des colonies. Césaire, en tant que défenseur de la départementalisation des territoires d’Outre-Mer, et Senghor, pour l’autonomie des peuples colonisés d’Afrique. Chacun d’eux obtiendra satisfaction dans cette revendication principale. 

Plus tard, Senghor retournera au Sénégal occuper les plus hautes fonctions de son pays. Césaire quant à lui continuera de siéger au parlement français et deviendra maire de Fort-de-France. Chacun suivra son chemin, mais à chaque fois que ce sera possible, les deux hommes se rejoindront sur un texte ou sur une manifestation comme ce fut le cas lors du premier Festival mondial des arts nègres de Dakar en 1966, ou encore lors d’une visite de Senghor président du Sénégal en Martinique en 1976.

Leur vision littéraire était plus proche que ne fut leur vision politique. Ceci tient sans doute au contexte. Césaire est resté cantonné dans un environnement politique français, avec ce qu’il y avait encore de marginalisation et de colonialisme entre la métropole et les département d’outre-mer comme sa Martinique natale. Senghor est devenu président d’un pays indépendant, qui, même s’il est resté longtemps inféodé à son ancienne puissance coloniale, avait une marge de manoeuvre plus grande que ne l’eut Césaire. Les réalisations politiques des deux hommes sont à voir dans le domaine de l’éducation et de la culture. Ils étaient tous les deux très instruits et d’une grande culture. Le Sénégal est aujourd’hui, grâce à Senghor, l’un des « quartiers latins » du continent africain. La Martinique ne l’est pas moins dans le regroupement des Dom Tom. Au lendemain de leur vie, Césaire et Senghor ont des laissé é des générations de compatriotes et de bien d’autres  »nègres » l’amour d’être eux-mêmes, et l’amour d’être instruit et cultivé.  

Césaire et la Francophonie

18 avril 2008

La mort de Césaire est une grande perte pour la France, pour les Antilles, pour l’Afrique et aussi pour la Francophonie. S’il n’en a pas été un chantre zélé de la Francophonie politique comme son ami Senghor, il n’en a pas moins soutenu à sa manière la francophonie culturelle.

Sur le plan de la langue d’abord, Césaire a été un fervent défenseur de la langue française. Sans en faire un combat personnel, il a simplement soigné son style afin que le parler présent dans ses ouvrages soit d’une qualité irréprochable. D’inspiration surréaliste à ses débuts littéraires, il est devenu…césairien. C’est-à-dire, à lui tout seul, il a été un style littéraire et linguistique. Un usage de la langue française mêlant des éléments de sa propre vie, de son milieu, de ses fantasmes aussi. Lire par exemple Cahier d’un retour au pays natal est un régal, d’ailleurs comme dans ses autres ouvrages.

Revenons à Césaire et la Francophonie. Dans un dossier que nous avons consacré à ce thème dans le magazine Francophonie du Sud (supplément du Français dans le monde) de mars-avril 2006 (N°11), il livre sa vision la plus récente sur la Francophonie. C’est un extrait de l’entretien qu’il a accordé quelques mois auparavant à l’universitaire français Jean-Michel Djian (in Léopold Sédar Senghor, Génèse d’un imaginaire francophone; Gallimard, 2005, 253 p)

Question de l’universitaire : Quand le secrétaire général dela Francophonie Abdou Diouf est venu vous rencontrer en Martinique en cette année 2005, il disait souhaiter qu’on ne considère pas la francophonie comme un bloc monolithique. C’est votre avis ?

Réponse de Césaire: Exactement. Je suis d’accord. Je sais que nous avons une personnalité que nous devons affirmer. Quel français va-t-on parler ? Oui, d’accord, parler français. Mais je sais que ce que j’exprime n’est pas forcément ce que le français à côté de moi pense, ni ce qu’il sent, ni ce qu’il ressent. Il existe des francophonies. Et, au fond, c’est bien comme ça. C’est ce qui fait la richesse d’une civilisation, non ?

Pourquoi aviez-vous des réserves sur cette grande idée de francophonie ? 

C’était un acte de colonialisme, tout simplement. Cela m’est apparu comme un acte politique, presque une forme d’impérialisme, la francophonie. « Ferme ta gueule, toi qui viens de Dakar ! Ferme ta gueule, toi qui viens des Antilles ! Ferme ta gueule, toi qui viens du Gabon ! » Je n’étais pas du tout anti-français. J’étais contre une forme d’expansionnisme linguistique, ce qui signifiait la mort des cultures spécifiques.

Vous avez toujours la même opinion, trente ans après ? 

Je suis très lié à

la France. J’ai appris à lire en français, à écrire en français, à penser en français. Mais il faut finir avec la francophonie du XIXe siècle. «  Le français partout et on est sauvés ! » Non ce n’est pas de cela que nous avons besoin. Il y a bien trop de cultures à protéger. Parlons plutôt de francophonies au pluriel. 

Tout est dit dans ces échanges.

ADIEU CESAIRE, ADIEU GRAND POETE, ADIEU GRAND HOMME

18 avril 2008

Césaire est Mort aujourd’hui en Martinique. Sa disparition, comme on peut l’imaginer est une grande perte pour beaucoup de monde (ultra-marins, africains, déshérités du monde entier, écrivains, défenseurs des droits de l’homme, « nègres »…). Nombreux seront ceux qui lui rendront un hommage appuyé après sa disparition. J’esquisse ce mouvement ici.

J’ai découvert Césaire il y a quinze ans environ. C’était en classe de seconde, où, un de ses livres (Cahier d’un retour au pays natal) était inscrit à notre programme de français. Depuis cette date, je ne l’ai jamais quitté. Parce que son oeuvre m’a parlé. Parce que sa pensée, sa vie aussi, m’ont séduit. J’ai lu Césaire, j’ai adoré lire les ouvrages qu’il a écrit, les tribunes qu’il a publiées, les interviews qu’il a données aussi. Je ne citerai pas tous ce que j’ai lus de lui. Mais entre le Discours sur le colonialisme, Une Saison au Congo, Cahier…, plus d’une dizaine de livres lus et relus parfois jusqu’à dix fois comme le fameux Discours sur le colonialisme.

La pensée de Césaire, peuvent dire ses détracteurs, étaient une pensée du début du siècle dernier. Ses idées, pas en cohérence avec le monde d’aujourd’hui, car, dans la majorité, elles étaient des idées de « combat », d’affrontement entre les « sans voix » et les autres, entre les « nègres » et les blancs. Soit. C’est un choix qu’il a fait quand il a commencé à écrire et à structurer sa pensée intellectuelle au début des années trente. C’est un choix qui s’imposait aussi si on regarde bien le contexte de l’époque, où la Colonisation (son pire cauchemar) était encore en vigueur. Mais qui peut dire que de nos jours la pensée de Césaire n’est plus d’actualité? Qui peut dire que Césaire est un homme du passé, à l’heure où dans les facs, les lycées et les collèges de France et de plusieurs pays, ses poèmes et pièces de théâtre sont enseignés? Bien plus même, alors qu’il a été visité, courtisé, choyé par les principaux ténors de la scène politique française dans la dernière campagne présidentielle (Ségolène Royal en avait même fait le Président d’honneur de son comité de campagne), qui peut dire que Césaire était encore un marginal, un « has been »? Pas grand monde.

Pas grand monde comme peuvent le confirmer les nombreux hommages qui lui ont été adressés hier. Dans la classe politique, chacun y est allé de son petit couplet. Des anciens présidents (Giscard et Chirac) à l’actuel, des leaders de Droite comme de Gauche, et même dans les partis d’extrême ou Olivier Besancenot du côté Gauche et Jean-Marie Le Pen à l’extrême droite n’ont pas manqué de s’adresser à la presse sur la mort de Césaire. Il y avait beaucoup de fausses bonnes réactions, de vraies tartufferies aussi; Certains auraient même mieux fait de se taire. Mais, sans doute, l’occasion de « coller à l’actualité » comme on dit dans le jargon médiatique était plus fort, et ils l’ont donc saisie.

Il est néanmoins regrettable que personne n’ait mentionné l’ostracisme politique et intellectuel dont il a été victime. En effet, côté littéraire, pas un grand prix, pas une place d’universitaire dans une des grandes facs de la République, pas une place à l’académie française. Du côté politique, pas une place dans aucun gouvernement, alors même qu’il a été député de la nation pendant…45ans. A l’évidence, Césaire gênait; il a derangé beaucoup de personnes dans le système national. Du fait de ses idées? De sa couleur? Assurément.

Le nègre qu’il était, et qui s’était dit fier de l’être (il faut lire Nègre je suis, Nègre je resterai) s’en est donc allé à presque 95 ans comme son ami et compagnon d’écriture Léopold Sedar Senghor. Après avoir traversé tout le siècle dernier, il était entré dans la modernité du XXIe siècle. Portant avec lui le bilan de ses luttes, de ses combats, de sa vision du monde. Des générations de « nègres » et bien au delà auront su reconnaître, à travers son oeuvre que c’était un grand homme. Un génie.

Alors comme moi, ils doivent être entrain de lui dire, va grand homme; va génie du monde; va reposer dans les douces prairies de la terre d’Afrique, des Antilles, du Monde. Va contempler avec Senghor et avec d’autres les astres luisants qui brillent à jamais pour ceux qui « marchent dans la nuit des temps » comme tu le disais toi-même. Va reposer ton corps de poète, ton âme de militant après toutes les luttes pour nous que tu as menées. Va rejoindre les autres anticolonialistes, anti-exploitants des pauvres. Va te reposer en paix. Va… 

MENDICITE ; les mendiants dans les gares et les transports en commun à Paris

7 avril 2008

La scène pourrait rappeler une de celle qu’on voit au carrefour Warda à Yaoundé ou d’un autre carrefour de Douala, au Cameroun, avec leurs nombreux mendiants. Pourtant on est à Paris. Gare de Châtelet-Les-Halles, l’un des points névralgiques de la ville, situé dans le 1er arrondissement de la capitale française. Au bas d’un escalier roulant, se tient une femme avec trois enfants. Le plus âgé doit faire 4 ans, alors que le plus jeune, dans les bras de sa mère, à peine 1 an. La femme est assise au sol. Devant elle, une petite pancarte en carton avec un message inscrit dessus. On peut y lire « nous avons faim, aidez-nous ». Elle fait la manche. De temps en temps, elle interpelle les passants, dans un français approximatif, pour décliner oralement le même message. Dans d’autres endroits de cette grande gare, il y a d’autres personnes comme elle. Ce sont en général des femmes, avec des enfants, mais aussi parfois seules. Ce sont des mendiants « immobiles », car ils se tiennent dans un lieu fixe pour chercher leur pitance journalière. 

Il existent aussi des « mendiants mobiles ». Notamment dans les trains. Dans les rames qui passent de manière récurrente dans l’une des nombreuses lignes de cette gare (3 lignes régionales, 5 métros) à la desserte d’autres lieux de Paris ou de sa région, d’autres personnes font également la manche. Ce sont surtout des hommes. Il y a ceux qui interpellent oralement les passagers. Leur message est à peu près celui-ci : « Bonjour messieurs et dames. Excusez-moi de vous dérangez pendant votre voyage. Je suis actuellement sans abri ni travail et j’ai des difficultés pour me nourrir. Si certains d’entre-vous voudraient bien me dépanner d’une petite pièce ou d’un ticket restaurant, cela m’évitera de passer la journée sans rien manger». Eux, ce sont les « mendiants mobiles parlant ». Ils sont sans doute français, si l’on se réfère à leur niveau de langue. 

On distingue aussi des « mendiants mobiles non parlant ». Ce sont des personnes qui ne s’expriment pas ou très peu en français. Ce sont surtout des étrangers (réfugiés sans doute), venus de pays en guerre (Irak, Afghanistan, Kosovo) ou des peuples nomades et marginaux comme les Roms (tziganes) venus de Roumanie. Eux, ils distribuent des petits tracts aux voyageurs présents dans les wagons. Le message inscrit sur ce tract appelle (« je suis réfugié, j’ai deux enfants, aidez-nous») également à la générosité et à la compassion des voyageurs. 

Enfin, même si ce n’est pas exactement la même chose, il existe aussi des personnes qui sollicitent la charité des gens, mais en échange d’un petit livre (Le guide des bons plans de restos ou de cinés de paris, mots fléchés ou croisés…), ou d’un petit morceau de musique accompagné de leur guitare ou d’un autre instrument. 

  

Ces différents cas (on pourrait multiplier par centaines les exemples) montrent bien que les mendiants foisonnent dans les gares et transports en commun parisiens. Le phénomène n’est pas nouveau, semble t-il. Mais il s’est accru au fil des dernières années. Ceux qui font la manche, qu’ils soient « mobiles » ou « immobiles », « parlant » ou pas, sont de plus en plus nombreux. A quoi le phénomène est-il du ? Quelle est la réaction des usagers et des autorités publiques compétentes ? Qui sont vraiment ces mendiants ? Vivent-ils de cette « activité » ? A ces questions, nous n’avons pas de réponses précises. La seule chose qui est sure, c’est que peu d’entre ces gens sont des africains (d’origine ou de nationalité). 

L’autre certitude sur ce sujet, c’est que la majorité des usagers qui empruntent les transports en commun parisiens (près de 2 millions par jour) sont de plus en plus exaspérés par cette situation. S’il y a bien une petite minorité de personnes qui accèdent de temps à autre à la demande de ces démunis, en leur offrant une pièce d’argent ou un ticket restaurant, beaucoup de voyageurs ne prêtent pas ou plus attention aux mendiants qui les interpellent, d’une façon ou d’une autre. Certains usagers se montrent même désagréables en leur faisant la morale ou en les menaçant du regard ou par des invectives. Pire même, les personnes mécontentes déversent désormais leur bile sur Internet. Ils ont créé plusieurs forums sur la toile pour en parler, comme par exemple www.clubic.com, www.forum-auto.com, www.tizel.free.fr. En observant les sentiments ô combien négatifs développés sur ce sujet, on peut conclure  sans trop de peine que, les mendiants ne sont pas la bienvenue dans les gares et les transports en commun parisiens. D’ailleurs, le sont-ils ailleurs ?    


  

Municipales 2008: la « diversité » encore un peu juste

1 avril 2008

Cet article est le prolongement d’un autre que j’ai publié il y a quelques jours sur le même sujet. Il est consultable à cette adresse  http://aubingeorges.unblog.fr/tag/actu-francaise/

Cette fois-ci c’est encore manqué. Ou presque. Le dernier scrutin électoral (les municipales des 9 et 16 mars) n’a pas permis aux citoyens français issus de l’immigration africaine de faire une réelle percée dans la sphère politique nationale. A quelques exceptions près, la plupart des candidats de la « diversité » ont été recalés ou contraints à des fonctions subalternes. Selon les sources du ministère de l’Intérieur, sur  un total de 520 000 élus municipaux, il y a environ 2000 candidats de la diversité ; soit 0,4%. Un chiffre insignifiant donc. 

A l’Ump, le parti au pouvoir, comme au Parti socialiste, principal parti d’opposition, les dirigeants nationaux avaient du mal à aborder le sujet au lendemain du scrutin. L’un comme l’autre avait pourtant promis des mesures audacieuses pour faire éclore des responsables municipaux de la diversité. Ces partis avaient même investis un peu plus de candidats noirs ou maghrébins que dans les précédents scrutins. Mais souvent, c’était dans des circonscriptions ingagnables. Ou alors, dans certains cas où la victoire était possible, le candidat de la diversité investi devait affronter, en plus de ses opposants politiques, un autre candidat de son parti, entré en dissidence. Des dizaines de cas de ce genre se sont multipliés à travers le pays. Ils n’ont pas été tranchés par les directions des partis et ont donné lieu à des affrontements fratricides entre membres du même parti, qui, en tournant au désavantage des candidats de la diversité, ont accentué leur déculottée dans ce scrutin. 

Néanmoins, il faut noter l’élection comme maire d’un arrondissement de la capitale (le 7e) de Rachida Dati, la ministre de la justice, qui avec Samia Ghali, elle aussi d’origine algérienne, élue maire du 8e arrondissement de Marseille (2e ville de France), sont les deux seules personnalités de la diversité maires dans des grandes villes. On pourra aussi citer les quelques adjoints aux Maires des grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ; c’est le cas de la jeune franco-tchadienne de 30 ans Seybah Dagoma, adjointe au Commerce et à l’Artisanat à Paris. Certains de nos compatriotes comme Edmond Kameni (Vélizy-Villacoublay) et Adèle Gauthier (Bonneuil) ont été élus conseillers municipaux. Quant à Six-Emmanuel Njoh que nous avions suivi lors des législatives, il était tête de liste à Vitry-sur-seine, mais a été battu. 

Outre ces personnalités vivant dans les grandes villes, et sur lesquels les feux des projecteurs étaient les plus braqués, il y a aussi quelques candidats de la diversité qui ont réussi à faire leur trou, non sans mal, dans les villes moyennes ou dans les petits villages de campagne. C’est le cas de Kader Atteye, originaire de Djibouti, qui a été élu maire de Morey, un petit village de 200 habitants au Centre de
la France. 

Avant ce scrutin municipal, les grands partis politiques et les médias avaient fait tout un foin sur cette question de la représentation des minorités dans l’échiquier politique. La main sur le cœur, ces responsables juraient de transformer cette élection municipale en un scrutin où les élus seraient « black-blanc-beur » et non plus « blanc-blanc-blanc » comme habituellement. Bien plus, les plus optimistes avançaient aussi comme argument en ce sens la nomination par M. Sarkozy de certaines personnalités d’origine africaine et maghrébine au gouvernement après son élection en mai 2007, notamment les Secrétaires d’Etat Rama Yade et Fadela Amara (originaires du Sénégal et de l’Algérie) et surtout Rachida Dati (Maroc-Algérie), ministre de
la Justice et n°5 dans l’ordre de préséance gouvernemental. Ces nominations avaient été présentées comme signal fort adressé au enfants de l’immigration afin qu’ils comprennent qu’eux aussi pouvaient tutoyer les sommets de la sphère politico-administrative. Dans cet ordre d’idée, les dernières municipales étaient donc l’occasion idéale pour consolider les « avancées » symbolisées par lesdites nominations. Hélas, comme l’attestent les chiffres cités plus haut, cela n’a pas été le cas. Ces municipales n’ont pas été le scrutin des miracles. Et, encore une fois, de nombreux français issus d’origine africaine vont devoir patienter pour que « l’égalité républicaine » tant claironner dans ce pays devienne effective dans les urnes. Il y a encore du chemin à faire. 

 

 

PSG: Droit en L2?

24 mars 2008

Il y a quelques semaines, je dissertais ici de la situation du Psg. A cette période, je m’inquiétais déjà de la possible descente aux enfers du (seul) club de la capitale et de la région francilienne encore dans l’élite du football français. Dans ce premier article, que vous pouvez (re)lire à ce lien (http://aubingeorges.unblog.fr/2007/12/16/paul-le-guen-stop-ou-encore/), j’évoquais la responsabilité du staff technique du club, et notamment celle de son entraîneur en chef Paul Le Guen.

Au vu de la situation sportive du club aujourd’hui, antépénultième et premier rélégable au classement, mon analyse n’a pas beaucoup changé. Les problèmes sportifs du club sont, à mon avis, toujours dus aux techniciens parisiens. Mais, la seule nouveauté dans cette situation « pourrie » que traverse le club, c’est sans doute que ce sont les joueurs qui sont les premiers responsables du désastre actuel. Tous, et sans exception. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Je commence même à penser (et je ne dois pas être le seul) que la plupart d’entre eux n’a pas le niveau de la première division. Et c’est peu dire, car, certains se demandent même si certains joueurs du Psg ont le niveau de footballeurs pros.

Au regard des performances des joueurs de ce club lors de cette saison, et particulièrement au cours des derniers matchs, on a eu comme l’impression d’une bande de boys-scouts à la limite de la nullité allant s’amuser sur les terrains. Pas d’engagement, pas de révolte, pas de sacrifice; a contrario, une frilosité à tout crin, des maladresses inacceptables, une nonchalance et une lenteur tout aussi insupportables. Bref une absence de capacité à évoluer à ce niveau. A chaque match, je me dis que si ces joueurs étaient des salariés d’une entreprise privée (même une toute petite Pme), ils seraient virer pour faute professionnelle, ou pour incompétence notoire. Ils ont bien de la chance d’être là où ils sont et de gagner ce qu’ils gagnent, malgré les faibles résultats qu’ils ramènent.

Que peuvent-ils faire maintenant au cours des 8 journées qui restent pour que le club ne descende pas? C’est à eux de trouver la solution. Et à Paul Le Guen de les y accompagner. Certainement qu’ils devront, sur le terrain, réaliser au moins trois fois ce qu’ils font en ce moment. Elever le niveau de jeu, être plus « agressif » dans tous les duels, aller au taquet sans relâche, sortir les tripes… C’est à ces seules conditions qu’ils pourront échapper aux bras grands ouverts de la L2 qui les appellent.

La grâce de Pâques

23 mars 2008

C’est jour de Pâques aujourd’hui. Pâques, pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié, c’est la plus grande fête chrétienne. Pâques, qui conclue 40 jours de carême retraçant la passion du Christ, consacre aussi la mort et surtout la résurrection du Christ. Par cet acte, le Christ rachète le monde. En cela, pour tous les chrétiens, cet acte sacrificiel, ce don de soi pour notre rédemption, pour notre Salut, est l’acte le plus significatif de la Foi chrétienne. Dès lors, celui qui  »adhère » alors à l’idéal chrétien, accepte par ce fait même que le Christ est mort et est ressuscité pour le sauver. Et çà, c’est le jour de Pâques qui le consacre. 

Certes, la fête de Pâques ne jouit pas de l’attrait festif, médiatique et…mondain de noël. En plus, Pâques n’intervient pas pendant une période de vacances scolaires (du moins en France), propice à toutes les réjouissances secondaires accompagnant la fête de la Nativité par exemple. Mais, Pâques ne garde pas moins sa puissance évocatrice et symbolique pour tous les chrétiens, et notamment les catholiques. La passion du Christ, qui l’a précédée, passionne les fidèles. Ses souffrances, bref son martyr interpelle chacun de ceux qui ont été baptisés. Avec Pâques, c’est l’occasion de renouveler sa foi. C’est aussi se rappeler que, si le Christ a pris sur lui nos fautes, il nous a aussi montré le chemin à suivre pour aimer, aider, soutenir, encourager…notre prochain. En quelques mots, Pâques nous enseigne Amour, Solidarité, Générosité, Sacrifice. Pas besoin de faire une disserte pour dire que, ces qualités nous manquent aujourd’hui; qu’on soit chrétien ou pas. 

 Face à nos nombreux tourments quotidiens, face à toutes sortes de turpitudes et vicissitudes que nous endurons, ne faut-il pas s’inspirer de l’esprit de Pâques pour en sortir? La foi inébranlable du Christ dans la passion, sur le chemin du Golgotha, et qui le mène à la résurrection, ne doit-elle pas être notre unique modèle de vie? La vocation sacrificielle pour le soutien, l’épanouissement de ceux qui nous sont chers, ne doit-elle pas être au cœur de notre vie quotidienne? 

Certes, j’ai conscience que, pour plusieurs raisons, beaucoup ne seront pas d’accords avec moi. D’abord parce que, et çà c’est la fameuse réponse passe-partout, la croyance en Dieu n’est pas affaire de tous. Encore moins quand elle passe par les religions (notamment chrétienne). Ensuite, parce que, « le sacrifice pour les autres » sans rien obtenir en retour, « çà va un moment », me répondra t-on encore. Ensuite encore, pour les « croyants progressistes » (comme certains se définissent aujourd’hui), la frilosité voire l’intolérance de l’Eglise catholique sur certains sujets sociaux sensibles (la lutte contre les MST et le Sida, le mariage des prêtres), en contradiction avec la « majorité » des opinions, fait que, sur d’autres sujets, son discours interpelle, voire convainc moins. 

Soit. Pour tout argument à opposer face à ces idées, je conseillerai de lire les textes eucharistiques de ce dimanche de Pâques. Et notamment l’Evangile. Après une lecture attentionnée, j’ai bon espoir que une bonne partie des réponses à ces interrogations sera apportée. Car, le message de Pâques est un message universel, et qui touche chacun de nous à travers une multitude de voies. 

Bonnes Pâques à tous. 

  

 

1...678910...17